Les îles paradisiaques des Galapagos

Concours de circonstances:

Nous ne devions pas visiter les Galapagos. Manque de temps et d’argent, le paradis de Darwin s’était effacé naturellement de notre itinéraire. Après quelques jours à Quito, nous devions reprendre la route vers le nord et passer deux semaines en Colombie, dernière étape de notre périple sud-américain. De là, nous rejoindrions les Antilles Françaises où nous attendait le voilier qui nous conduirait en France. Tout était planifié…

Mais c’était sans compter sur le TLC (un projet de traité de libre échange avec les États-Unis), très controversé, et les vagues de protestations qu’il générait lors de notre passage en Équateur. Les populations indigènes y sont particulièrement opposées et revendiquaient alors… en bloquant les routes. Alors que nous voulions rejoindre la frontière colombienne, il était impossible de regagner le nord de l’Équateur depuis près d’une semaine et aucune amélioration n’était prévue pour plusieurs jours.

Nous nous demandions comment faire, quand une proposition venue de nulle part  fuse au dîner : « Et pourquoi pas les Galapagos? ». 36 heures plus tard, nous atterrissions à Baltra, l’un des deux aéroports des Galapagos. Nous n’avons pas regretté une seule seconde cette décision.

Pas de croisiere

La plupart des visiteurs aux Galapagos font une croisière qui les mène d’île en île à bord de bateaux plus ou moins luxueux. N’ayant pas trouvé de croisière acceptable pour notre petit budget (même les prix de dernière minute tournent autour de USD70 par jour et par personne), nous avons décidé de découvrir les îles et leurs attraits par nos propres moyens.

Bien sûr, cela prend plus de temps et demande un peu d’organisation. De plus certaines îles sont plus difficilement accessibles. Mais il est tout à fait envisageable de découvrir les Galapagos sans faire de croisière et c’est par conséquent beaucoup moins cher.

Animaux, animaux, animaux…

Le paysage serait à lui seul une raison suffisante de venir dans l’archipel : volcans dont certains sont encore actifs, forêts de cactus, mangrove, eaux turquoises et chaudes, plages de sable blanc immenses et vides. Images de cartes postales.

Mais ce qui rend ces îles uniques et incroyables, ce sont les animaux : la moitié des espèces terrestres et un cinquième des espèces marines n’existent nulle part ailleurs qu’ici, certaines ne se rencontrent même que sur une seule île. Et comme l’archipel est idéalement situé à la convergence de plusieurs courants du Pacifique, les espèces d’eaux froides et de mers tropicales cohabitent. Les pingouins mangent donc des poissons-perroquets, et tout cela est très naturel.

Cependant, pas besoin d’être un biologiste ni de savoir si telle espèce est endémique ou non pour apprécier la faune des Galapagos. Il suffit de mettre un masque et un tuba, de se jeter à l’eau et d’attendre… Que les jeunes otaries viennent jouer ou juste vous dévisager avec leurs grands yeux ronds; qu’une raie passe en volant à un mètre sous vous; qu’une tortue broute à quelques brasses seulement; qu’un fou à pâtes bleues plonge comme une fusée au beau milieu du banc de poissons qui vous entourait justement; qu’un iguane de mer vous frôle en regagnant la plage. Et c’est bien ça le plus incroyable et ce qui nous émerveille : la proximité de tous ces animaux qui, n’ayant jamais été chassés, ne craignent pas vraiment l’homme.

Bien sur, cela a aussi un côté qui peut être effrayant, les eaux regorgeant d’habitants moins amicaux que les otaries : des raies manta gigantesques, des baleines, des requins marteaux de 3-4 mètres. Nous avons nagé dans une crique ou une espèce de requins (white fin sharks) vient se reposer. L’eau était très trouble et nous sommes sortis lorsqu’une partenaire de plongée a dit « Seria más facíl de tocar un tiburon que de verlo !» (ce serait plus facile de toucher un requin que de le voir!).

Besoin de protection

Cette proximité épatante est malheureusement également ce qui rend l’écosystème des Galapagos aussi vulnérable. Les îles ne sont habitées que depuis 1832, mais la présence humaine a déjà causé la disparition de 5% des espèces. En s’installant, les hommes ont apporté des animaux (chiens, chats, chèvres, ânes, cochons, etc.) qui n’existaient pas dans l’archipel. D’autres animaux se sont introduits involontairement : rats, fourmis, pigeons, arrivés par mégarde sur les bateaux de marchandises et qui se multiplient rapidement dans cet environnement libre de prédateurs. Ces « envahisseurs » sont la menace principale pour la faune et la flore locales. Les conséquences peuvent être dramatiques : par exemple, la population de Pétrels des Galapagos a baissé de 80% en 60 ans à cause des rats, chats, chiens et cochons, et de la réduction de leur espace de nidification, consacré maintenant à l’agriculture.

A cela s’ajoutent des dangers naturels : le phénomène El Niño de 1997-1998 a causé un tel réchauffement des eaux que le nombre de pingouins de l’archipel a chuté de 65%.

Heureusement, les Galapagos sont un parc national depuis 1959 et une réserve marine depuis 1998. Scientifiques et volontaires travaillent pour protéger les espèces existantes et ont déjà à leur actif de beaux succès, entre autres le repeuplement des terres des fameuses tortues géantes. À ce titre, Lonesome Georges est le tout dernier représentant des tortues pinta. Il vit en captivité à la Fondation Charles Darwin, qui tente de lui trouver une partenaire afin qu’ils fassent de nombreuses petites tortues pinta, pour éviter l’extinction de la race. Il est énorme, Lonesome Georges, il doit bien faire 1m50 de diamètre, et il a l’air bien malheureux. Alors si vous entendez parler d’une jolie tortue pinta célibataire…

Vivre aux Galapagos?

S’il vous venait l’envie de vous installer ici… arrêtez tout de suite de rêver!

Depuis 1998, il est impossible de s’établir aux Galapagos, à moins d’épouser un(e) résident(e). Les citoyens équatoriens n’ont pas plus de facilité : ils peuvent éventuellement se faire construire une maison dans les zones habitées, mais n’ont pas le droit de l’occuper plus de trois mois par an.

Reste la possibilité de venir travailler en tant que volontaire pour le Galapagos National Park Service (www.galapagospark.org) ou la Fondation Charles Darwin (www.darwinfoundation.org). Ou encore, venir pour des vacances, passer ici son Padi (brevet de plongée) ou simplement jouer avec les otaries.

Article paru dans Pax Nouvelles (ex. Express Voyage) le 12 avril 2006.

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