Retour en Bolivie

Nous attendions ce moment avec impatience, tant nos quelques jours passés au début de notre périple à La Paz et sur le Lac Titicaca nous avaient enchantés : des gens simples et accueillants, un dépaysement garantit et un coût de la vie parfaitement adapté à notre budget.

La Bolivie commence dès le nord de l’Argentine. A partir de Salta, quelques 200 km au sud de la frontière, les dames aux petits chapeaux melons refont leur apparition, la musique traditionnelle ne ressemble pas du tout à du Tango et même les paysages de montagnes pelées ont des airs d’Altiplano. Nous sommes loin, très loin de Buenos Aires.

Villazon, ville frontière d’où nous prenons le train jusque Uyuni, départ prévu à 15h, 11h de voyage. Le train démarre à 18h sous un orage incroyable et une pluie battante, et s’arrête quelques kilomètres plus loin pour la première fois : des coulées de boue recouvrent les voies et il faut les dégager afin de pouvoir continuer. On arrivera à la première ville, normalement atteinte après 2h de trajet, seulement le lendemain matin vers 9h. Les étales des vendeurs de nourriture sur les quais et dans la rue sont dévalisés en quelques minutes et nous repartons à cette même allure, lente et paisible, qui nous donne le temps d’admirer les paysages et d’observer nos voisins de trajet. On aime bien le train, même avec 16h de retard. Je demande au contrôleur si ces retards sont fréquents, il me répond que celui-ci, ce n’est rien, une fois ils ont été bloqués une semaine entière… Bienvenue en Bolivie.

Horizons perdus

Nous voici à Uyuni, ville plate et sans charme, mais point de départ des excursions dans le fameux Salar de Uyuni. Le Salar, c’est le plus grand et le plus haut désert de sel au monde. Nous arrivons en fin de période des pluies et de nombreuses agences refusent de s’y aventurer car les voitures doivent rouler dans 20cm d’eau. Nous trouvons tout de même quelqu’un voulant bien nous faire traverser. Nous sommes six touristes dans le vieux Land Cruiser, plus Octavio, le chauffeur, et son fils de quatre ans. Le sol est blanc à perte de vue, on roule sur une épaisseur de sel de plus d’un mètre. Sur les premiers kilomètres, on croise des exploitants grattant la couche supérieure qui une fois traitée est propre à la consommation. Ensuite, le niveau de l’eau augmente et le paysage devient magique : le ciel et les montagnes des alentours se reflètent dans l’eau et il devient impossible de distinguer la ligne d’horizon. Nous roulons sur l’eau tout en ayant l’impression de naviguer entre les nuages. Surprenant. Après trois heures de route, nous faisons une pause sur l’île d’Incahuasi, peuplée de cactus centenaires et millénaires. La seconde partie du trajet est plus problématique : l’eau atteint 50cm par endroit et il ne serait pas bon de tomber en panne dans ces parages. Octavio est un peu crispé, nous sommes trop occupés à faire des photos pour nous en rendre compte. Mais notre chauffeur s’en sortira sans encombre et nous dormons le soir sur les berges de ce lac, dans un hôtel fait en briques de sel.
Les deux jours suivants, nous roulons entre des montagnes à 3600m d’altitude. Nous croisons de plus petits salars formant des lagunes colorées, rouges ou vertes ; de véritables déserts de sable aux pierres sculptées par le temps et le vent, dignes de tableaux de Dali ; et des geysers soufflant leurs jets de vapeur dans la brume du matin. Sur la route du retour, nous perdons une roue avant qui file à toute allure devant nous. Heureusement la piste est large et nous nous plantons dans le sable presque en douceur, nous repartons après deux heures de réparation.

De retour du Salar, en route pour Potosi. Le bus démarre au son des « vamos, vamos » (Allons-y, allons-y) des voyageurs pressés de voir le chauffeur se décider à partir sans attendre plus de clients. Après une demi-heure de route, le bus s’enlise, nous commençons à croire que nous sommes touchés par une malédiction des transports boliviens…

Mine moyenâgeuse

Potosi, 112 000 habitants, 4 070m d’altitude, c’est la plus haute ville de cette taille au monde. Une ville qui fut extrêmement riche au 17ème siècle, suite à la découverte d’une mine d’argent dans la montagne la surplombant. Cette mine est encore exploitée par 12 000 mineurs indépendants, mais les conditions de travail n’ont guère évolué depuis plusieurs siècles. Il est possible de la visiter, accompagnés d’anciens mineurs, nous passons tout d’abord au marché minier pour acheter quelques cadeaux pour les travailleurs : feuilles de coca, dynamite et alcool potable à 96°.  On rentre par la galerie principale, en se plaquant sur les côtés quand des wagonnets de minerais foncent vers la sortie, poussés par deux mineurs acrobatiques capables d’éviter de se cogner au plafond bas. Pour descendre plusieurs niveaux en dessous, il faut emprunter des échelles branlantes et se faufiler dans des boyaux de moins d’un mètre de hauteur. Pas facile pour nous, mais les mineurs empruntent les mêmes chemins avec des sacs de 50kg de minerais sur le dos. Au quatrième niveau inférieur, nous rencontrons Alberto qui travaille seul. Il a 31 ans et descend dans la mine depuis 17 ans. En trois heures, au marteau et à la barre à mine, il perce un trou d’un mètre de profondeur pour placer la dynamite. A l’explosion, environ 2m³ de roche tomberont, qu’il remontera à la surface. Il sera payé en fonction de la teneur en minerai de son chargement. Pour aider la providence, il fait des offrandes au « Tio », le Dieu de la mine dont on retrouve des sculptures grandeur nature au fond des tunnels, et il boit l’alcool à 96° pur pour que le minerai soit le plus pur possible

Sucre est la capitale officielle de la Bolivie, même si le gouvernement siège à La Paz. A 2700m d’altitude, cette ville blanche jouit d’un éternel printemps, fleurie, parsemée de palmiers, propre et avec de splendides bâtisses coloniales, nous sommes tout de suite tombés sous le charme. Le marché à lui seul vaut le détour, et je conseillerais à ceux qui veulent prendre des cours d’espagnols en Amérique Latine de venir dans cette ville où on peut passer quelques semaines très agréables à bon marché.

Changement de cap

Même s’il nous reste encore quelques milliers de kilomètres à parcourir, nous commençons à penser au retour : après la Bolivie, nous comptions aller dans le nord du Pérou, passer en Equateur, puis finir en Colombie. Mais c’était sans compter sans la providence d’un email nous proposant d’embarquer sur un voilier pour traverser l’Atlantique. Seul petit problème, pour être au rendez-vous en Martinique, les deux mois qu’il nous restait en Amérique du Sud se rétrécissait d’un coup à trois semaines. Après une soirée passée à faire des choix drastiques sur nos dernières destinations, nous sautons dans un bus pour La Paz, la ville où nous étions arrivés en septembre dernier.

Article paru dans Pax Nouvelles (ex. Express Voyage) le 7 avril 2006.

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